18 novembre 2012


Quelques fantaisies sur le retour des élections...

Par un bel après-midi d’automne, alors qu’au zénith luit le soleil, l’huis de la salle polyvalente s’ouvre afin d’accueillir anciens et jeunes élèves prêts à en découdre.
Avant de prendre place sur les quarante et sept chaises, nos hôtes, après avoir ôté divers manteaux d’hiver, versent une larme du souvenir, en découvrant les différents objets exposés : bureaux d’écolier en bois, vieilles cartes de géographie ou d’anatomie, gravures illustrant d’anciennes chansons enfantines, livres et cahiers d’école à l’écriture calligraphiée et poêles ronds d’autrefois, et cætera.
Puis, les sept enfants rejoignent le salon où Daudet leur sera compté, tandis que les adultes s’installent aux tables où feuille blanche et stylo attendent leur heure.
Consignes données, Denise dicte sans diktat la docte sottie moderne.
De leur côté, Jeannine et Christiane retrouvent les gestes d’antan, face à leurs jeunes élèves, méritants de s’enfermer par ce beau temps.
Dans la grande salle aussi silencieuse, Isabelle, revêtue de ses habits d’antan, et armée d’un long bâton de bambou, déambule dans les rangs pour débusquer l’Iphone interdit.
Au gré du texte, sourires ou interrogations se lisent sur les visages.
Puis vient le point final suivi de la relecture intégrale du texte.
Tandis que les correcteurs se retirent dans le secret, les différents candidats se rapprochent du buffet à l’ancienne dressé à leur intention : gros pain, pâte de fruits, confitures, carrés de chocolat  se mêlent au café, sirop et chocolat chaud.
L’angoisse monte, alors que certains se remémorent la faute impardonnable. D’autres se montrent thuriféraires pour obtenir à grand-peine quelques aménagements de peine…
Le jury a rendu son verdict. Chacun regagne sa place et c’est la correction de la dictée enfants, expliquée par Jeannine, suivie de la remise des bons d’achat ou de lots de consolation.
La tension est encore montée d’un cran et l’on crâne beaucoup moins.
C’est Denise qui se charge de l’explication de texte avec maestria, appuyée par les projections de Daniel.
Certains visages s’éclairent à nouveau, tandis que d’autres se ferment.
La remise des prix couronne enfin cette première édition de la dictée de Ste Hélène, réussie grâce aux connaissances des uns et au dévouement sans faille des bénévoles de Lac’Anim..





Texte proposé aux jeunes participants

Le retour des troupeaux
Alphonse DAUDET

Donc, hier au soir, les troupeaux rentraient. Depuis le matin, le portail attendait, ouvert à deux battants; les bergeries étaient pleines de paille fraîche.
Tout à coup, vers le soir, un grand cri: « Les voilà! », et là-bas, au lointain, nous voyons le troupeau s’avancer dans une gloire de poussière.
Les vieux béliers viennent d’abord, la corne en avant, l’air sauvage; derrière eux, le gros des moutons, les mères un peu lasses, leurs nourrissons dans les pattes; les mules à pompons rouges portant dans des paniers les agnelets d’un jour qu’elles bercent en marchant; puis les chiens tout suants avec des langues jusqu’à terre; et deux grands coquins de bergers drapés dans des manteaux de cadis* roux qui leur tombent sur les talons comme des chapes.

* Tissu de laine du genre de la bure ou de la flanelle.



Texte proposé aux participants adultes

Fantaisie sur les élections. Jules Leroux
(Léon Chatry,instituteur. 1913)

Texte composé à partir d'extraits d'une dictée évoquée dans le livre


Nous avons eu, dans notre ville, à propos des élections, un grand meeting où se sont rencontrés,    
où se sont succédé, des hommes de toutes conditions, de tout bord et de tout acabit... Les uns avaient   
deux mille cinq cents francs de rente et les autres plus de quinze cent quatre-vingt-dix francs de    
revenu en terres ou en actions..... Plus d'un était à demi gelé en attendant qu'on ouvrît; aussi, moins 
de deux restaient dehors quand l'huis fut ouvert.                                                    
Un contremaître qui dansait une contredanse à contrecœur me dit à contre-jour:                    
« Nous sommes à l'arrière-saison et nous sentons les vents avant-coureurs de l'hiver. Il ne fera    
pas chaud dans les sous-sols pendant plusieurs demi-heures, je vous le dis à demi-mot ».           
L'orateur, bien en chair, disait, en frappant sa chaire, ce qui faisait vaciller les abat-jour et          
les porte-crayons :                                                                                
« Des pince-sans-rire vous promettront bonne chère; ne vous fiez pas aux ouï-dire et moquez-vous 
des qu'en-dira-t-on ... Il ne faut pas que vous louvoyiez qui que vous soyez. Nous ploierons s'il faut
que nous ployions mais à chacun je dis: Aie toujours l'œil ouvert et surtout, hais les flatteurs! »    
Un auditeur, tout oreilles mais facétieux, dit à son voisin:                                          
« Si vous entrebâillez les contrevents, vous pourrez entrevoir quelques bouteilles de champagne quelque
rares qu'elles soient, et sur la table, quelques mets alléchants, entre autres l'entrecôte préparée pour le  
déjeuner des thuriféraires* qui aura lieu à l'entresol pendant l'entracte ».                             

*1-(Liturgie)
    Clerc qui, dans les cérémonies de l’église, a la fonction de porter l’encensoir. Il est accompagné par le naviculaire qui, lui, porte la navette (contenant l'encens).
2-(Figuré) (Ironique)
    Flatteur, flagorneur.