Sur les chemins de l'école
à
Sainte Hélène duLac

Introduction
Plan extrait de la mappe originale de la commune de Ste Hélène du Lac, 1730 Les recherches sur l’école à Sainte Hélène du Lac se sont faites exclusivement à partir de documents d’archives conservés à la mairie de cette commune.
Ces documents ont permis de :
        - Suivre l’évolution des bâtiments scolaires des maisons d’école à la construction actuelle.
        - Se faire une idée des acteurs de l’école : enseignants et élèves.


Les maisons d’école
A Sainte Hélène du Lac, le 12 février 1831, le conseil double de la commune prend la décision de louer une maison d’école au centre du village, pour une durée de 3 ans à raison de 24 livres neuves par an, et d’y scolariser gratuitement le plus d’enfants possibles.
        Projet très en avance pour l’époque !

Le document ne donne pas de précision sur le lieu exact de cette maison d’école.
Le 13 novembre 1836, le conseil délibère pour la location de la cuisine de l’ancien presbytère qui servira de maison d’école. A cette époque l’ancien presbytère appartient au Comte Martin de Montu et fait aussi office de Maison communale. Les deniers de la commune étant au plus bas, Le conseil supplie l’Intendant Général de bien vouloir autoriser une dépense supplémentaire pour le loyer de cette chambre d’école cumulée à celle de la chambre consulaire.
Maison de Benoit PACHOUD Le tableau de notices statistiques sur les écoles communales daté du 19 Juin 1845,  nous apprend que la salle pour l’école de garçons appartient à Benoit Pachoud pour un loyer annuel de 30 livres. Maison de Jean-Baptiste BERTHET, aïeul de Jean-Louis BerthetL’école des filles est tenue cette année-là dans la maison de Jean Baptiste Berthet pour un loyer annuel  d’environ 15 livres.
De 1846 à 1869, l’école des filles se fait chez Benoît Pachoud,  celle des garçons chez Monsieur Berthier Pierre,  feu Laurent. A noter que cette « chambre » sert également de  salle pour les assemblées consulaires.

Le bâtiment actuel
Aujourd'hui 1869 marque l’entrée en fonction du bâtiment actuel dont la construction avait été demandée 13 ans auparavant :
        - Le 29 mai 1856, l’Intendant Général adresse au Syndic, une lettre pour lui demander de prévoir la construction d’un bâtiment comprenant salles de classe et salle consulaire.
        - Le 31 mai 1857, le conseil délibère sur la réception d’un plan dressé pour la construction d’une maison communale. Le plan du géomètre Vullierme plus intéressant en termes d’économie que  celui de l’architecte Dunoyer est accepté à l’unanimité.
        - Le 3 juin 1862, le conseil municipal délibère pour la construction de l’école et de l’église.
L’article 2 de cette délibération préconise l’achat des parcelles 1, 2, 3, 4, 5 et 6 à François Berthet, feu Philippe, aïeul de Denise Bastrentaz et Daniel Berthet.
L’article 4 propose, pour l’école des garçons, la présence d’un jardin pour une bonne pratique de l’arboriculture. Extrait de la délibération du 18 décembre 1864
L’article 5 en précise le prix qui sera de 10 francs pour la superficie d’une toise cadastrale de Savoie, soit 7 centiares et 37 milliares.
        - Le 18 décembre 1864, l’achat du terrain d’une superficie de 36 ares à François Berthet pour la construction de la maison communale est confirmé par le conseil municipal.
Le compte rendu de cette délibération, très étoffé  et extrêmement précis, montre combien le conseil municipal est soucieux des deniers publics ainsi que de la sécurité et du bien être des enseignants et des élèves. La construction de la 1ère partie du bâtiment actuel est achevée en 1869.
        - Le 25 avril 1885, un procès verbal d’adjonction de la construction de l’école enfantine est adopté.
        - En août 1896, deux préaux couverts sont construits par l’entreprise François Rey de Pontcharra.

Menuiserie et toit
Cheminées et latrines

Repères historiques indispensables
     - En 1815, la Savoie est rattachée au Royaume de Sardaigne par le traité de Paris et les lois sardes s’y appliquent jusqu’en 1860 (les Régie Patenti) Une patente royale et une autorisation épiscopale sont exigées pour enseigner. Les instituteurs sont des auxiliaires pour le catéchisme et la liturgie.
     - En 1860, au traité de Turin , la Savoie et le Comté de Nice sont cédés à la France de Napoléon III. Un plébiscite ratifie l’annexion le 22 avril 1860. Deux départements sont créés : la Savoie et la Haute Savoie dans lesquels les lois françaises s’appliquent :
        • La loi Guizot de 1833
        • La loi Falloux de 1850 dite loi organique.
        • Les instituteurs restent sous la tutelle du maire et de l’Eglise. En 1870, la défaite de la France face à l’Allemagne met fin au second empire et marque le début de la troisième république qui durera jusqu’en 1940. C’est le début de l’école de la République.
     - 1881 – 1882 : les lois scolaires de Jules Ferry mettent en place une école primaire, laïque, gratuite et obligatoire,  pour les deux  sexes,  de 6 à 13 ans.
Les programmes et les personnels sont laïcisés. L’enseignement religieux n’est plus dispensé à l’école publique. Cette laïcisation de l’enseignement sera renforcée par la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905.


Les maitres dont nous avons retrouvé la trace dans les archives.
   Le 19 juin 1845, le tableau  de notices statistiques  sur les écoles communales précise que le traitement annuel dont pourrait bénéficier l’instituteur serait de 400 francs et 250 francs pour l’institutrice.
   Le 13 septembre 1858 le conseil communal vote favorablement pour la nomination de François Pachoud et Louise Berthet pour la fonction de maître et maîtresse d’école. Ils devront se présenter chez monsieur l’inspecteur des écoles afin de subir un examen de capacité. L’article 4 du règlement concernant l’école de Ste Hélène fixe le traitement annuel de l’instituteur à 300 livres et celui de l’institutrice à 200 livres plus 50 livres payées annuellement par un héritier de Jacques Mollot.
   Le 4 avril 1859, une plainte est portée par des pères à l’encontre du maître d’école, le conseil communal propose la candidature de Hilarion Perret, actuellement maire à La chavanne. Hilarion Perret s’engage pour 2 ans à faire la classe aux garçons en « bon père de famille ». Il s’engage à faire cesser l’abus par les élèves d’uriner contre le bâtiment de l’école c’est à dire la maison de Pierre Berthier. Lettre du maître d'école demandant un complément de fournitures
   En 1860, une lettre adressée au maire fait état de l’ameublement dont la classe se trouve dépourvue. On notera la présence d’un Christ, du buste de l’empereur et d’une carte de la Palestine. Le Crucifix sera ôté au moment des lois Jules Ferry).
   En 1863, un arrêté préfectoral fixe à 700 francs le traitement minimal de l’instituteur Hilarion  Perret.
   En 1866, c’est Philippe Gautier qui est instituteur à Ste Hélène du Lac. Le maire Charles Billard lui proposera la place de secrétaire de mairie en remplacement de Monsieur Ailloud habitant de Montmélian et pas assez disponible pour la commune.
   En novembre 1874, un procès verbal d’installation est remis par le maire Charles Billard à l’instituteur Jean-Chrysostôme Albrieux.


Les élèves
     - Le 19 juin 1845, l’article 4 du tableau des notices statistiques sur les écoles communales précise la durée du temps scolaire : pour les garçons, du 15 novembre à la saint Jean Baptiste, soit le 24 juin et pour les filles, de la Toussaint jusqu’à Pâques.
     - En 1858, l’article 3  d’une délibération du conseil communal précise que la durée de l’école pour les élèves est de 10 mois. Pour la période allant jusqu’en avril, la classe a lieu de 8 heures à 11 heures et de 13 heures à 16 heures. Pour la période d’été, la classe a lieu de 9 heures à 15 heures avec une récréation d’une demi-heure vers midi.
     - L’article 4 propose une admission à l’école, gratuitement pour la classe pauvre,  à la condition expresse que les élèves concernés se montrent assidus.
Liste des élèves admises gratuitement pour la rentrée de 1870 En date du 1er décembre 1869, nous trouvons une liste d’élèves admises gratuitement pour l’année 1870. Il est à noter que les lois Jules Ferry ne sont pas encore votées. La Savoie est française et la loi organique française s’applique désormais. On note également que la liste est dressée par monsieur le maire et monsieur le curé.
Le 7 juin 1896, vu les lois Jules Ferry de 1881-82 sur l’enseignement primaire obligatoire, le conseil municipal opte pour la création d’une commission pour surveiller la fréquentation des écoles devenues obligatoires.


Souvenirs d’école

René Battard nous livre quelques souvenirs de l’école primaire de Ste Hélène du Lac dans les années 1940. Il avait pour instituteur Monsieur Perrier :
« …J’allais chercher du charbon, sous le préau, dans un seau et je l’emmenais pour alimenter le poêle… »
« … En hiver, quand il y avait trop de neige, nous faisions chauffer nos gamelles sur ce poêle car il y avait 3 Km entre l’école et ma maison… »
« …2 fois par  semaine, il y avait le catéchisme à la cure, avant l’école… »
« …avec l’instituteur nous ramassions les doryphores dans les champs, du côté du Touvet, nous bêchions aussi le jardin de l’instituteur… »
« …le matin, quand nous rentions dans la classe, il fallait dire bonjour, l’instituteur nous inspectait les mains pour la propreté, puis leçon de morale… »
« …nous avions des encriers et nous écrivions à la plume… »


Marcelle Caille se souvient elle aussi  :
« … en 1932 j’avais 7 ans et j’avais pour institutrice Mme Regottaz, nous avions des cours de couture et je savais déjà coudre des ourlets, d’ailleurs je
m’étais confectionné un tablier… »
« …Avant l’école, nous allions au catéchisme entre 7h1/2 et 8h… »
« … A 9 ans j’avais pour instituteur Monsieur Perrier. Celui-ci était très sévère, je me souviens m’être fait tirer les oreilles très fortement pour n’avoir pas répondu correctement à une question… »
« …les élèves qui habitaient près de l’école rentraient chez eux pour le déjeuner et les plus éloignés étaient accueillis chez Mme Martinet, dans la maison actuelle de Lucien Battard pour y réchauffer leur repas… »

Dans un cahier ayant appartenu à son papa Pierre Bourgeois, voici une dictée datée du 28 janvier 1907 (ci-contre).


Nous avons retrouvé un abrégé d’arithmétique décimale ou extrait du nouveau système d’arithmétique décimale et du système métrique approuvé par le Conseil de l’instruction publique datant de 1879 et édité par Alfred Mame et Fils imprimeurs libraires à Tours.

Ce petit ouvrage est en trois parties : la première traite des règles arithmétiques, la deuxième concerne des exercices de calcul  sur les  quatre opérations fondamentales de l’arithmétique et la troisième est consacrée aux problèmes.
Nous avons extrait quelques exemples de différents  problèmes dont les énoncés nous paraissent « originaux» et en adéquation avec l’époque.

 « Deux robinets qui versent par minute, l’un 10 litres, et l’autre 15 litres, remplissent ensemble un bassin en 2 heures 20 minutes ; combien faudrait-il d’heures au premier robinet s’il était le seul à le remplir ? »
« Une famille boit par jour  2 litres de vin à 0fr75 c.  Si elle remplace le vin par 4 litres de bière à 0fr 18 c. le litre, quelle sera l’économie d’une semaine ? »
« Un priseur dépense 0fr97 c. par jour ; quelle  est sa dépense au bout de 10 ans, dont deux à 366 jours et les autres à 365 jours ? »
« Un marchand d’allumettes fait par jour les dépenses suivantes : loyer 0fr30 c., nourriture 0fr80 c., entretien 0fr40 c. ; quelle doit être sa recette par jour pour couvrir ses frais, sachant qu’une boîte lui coûte 0fr03 c. et qu’il la vend 0fr05 c. ?»

Alors pour les nostalgiques, replongeons  nous au temps du certificat d’étude pour résoudre ces problèmes, mais attention sans calculette !!!






Christianne Cottet et Jeannine Battard  nous présente le certificat d’études primaires que leur grand père Emile-François Battard a obtenu le  10 juillet 1905.


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