DES FLEURS SAUVAGES DE SAINTE HELENE
POUR LA FABRICATION DE
LA DELICIEUSE CHARTREUSE ?

 

Renée BERTRAND, poétesse savoyarde qui passait ses vacances chez sa grand-mère à Sainte Hélène du Lac témoigne dans son livre « LA CROEE » sur des cueillettes de plantes pratiquées après la moisson par un petit homme surnommé RIQUIQUI venant des Entremonts :Durant la belle saison, il descendait souvent au Galloux. Il couchait à l'écurie et mangeait avec mon aïeule. Son travail consistait à ramasser, avant le lever du soleil et en fin d'après-midi, les plantes qui allaient servir à la confection de la fameuse liqueur de la Grande Chartreuse.

Dans la journée, les simples étaient étalées à l'ombre et au courant d'air sur la dalle du séchoir à tabac. Puis au bout de trois à quatre jours, RIQUIQUI, son âne et ses baluchons repartaient vers Apremont où le petit homme possédait une vigne. Après une nuit passée au cellier, le trio reprenait la route du col. Pourquoi venir de si loin ? »
Autrefois, il était fréquent de semer du trèfle en même temps que le blé.

« Car la deuxième récolte apparaissait : du trèfle vigoureux dont les fleurs blanches et roses se balançaient à perte de vue. Mon vieil ami traînait ses deux sacs : dans le premier, il jetait ses fleurs blanches, les roses dans le second. Quoi ?  Non ce n'était pas vrai ?   Le secret ?   Du vulgaire trèfle dont s'empiffraient les lapins ?  Pas la peine d'en monter une telle histoire ! »

Il est certainement vrai qu'il cueillait du trèfle peut-être pour nourrir son âne, mais une petite fleur rose pousse en abondance, toujours actuellement dans les champs de blé et le long des chemins, le long de l'Isère dans les iles. C'est une gentiane; l'érythrée petite centaurée qui stimule l'appétit et favorise la digestion, et elle entre certainement dans la composition de la fameuse Chartreuse.

(Renée Bertrand – La Croée)

Dessins de Thérèse Vuillerme - Ste Hélène du Lac