CONTREBANDE D'ALLUMETTES
 A SAINTE HELENE DU LAC



Au moment de l'annexion, la Savoie possédait huit fabriques d'allumettes chimiques. L 'Etat avait le monopole de la fabrication et de la vente.

A Sainte Hélène du Lac un « brave homme », remplissant les fonctions de fossoyeur et de sabotier ajoutait à ses emplois peu lucratifs celui de fabricant clandestin d'allumettes.

Il exerçait cette coupable activité en grand secret dans le clocher et vendait sa production à ses proches voisins, en grand secret bien évidemment. Il s'agissait d'un habitant du hameau du Carre nommé Communal.

On peut lire dans le livre des « Mystères des Savoies »de Roger Jay :

Dans le même village sévissait un homme mauvais, craint de tous pour ses malveillances et les tours qu'il jouait au point qu'on le soupçonnait d'avoir quelques accointances avec le diable. Il suspectait le brave fossoyeur de ses activités cachées et il décida de le démasquer, pour le plaisir rare de faire du mal.

Avec l'aide d'un complice, il fit croire à sa mort, et, n'ayant pas de famille, c'est le fossoyeur bien sûr, qui vint pour veiller son corps à la nuit tombée.

Le faux mort était étendu, immobile sous son drap, le veilleur s'installa à côté du lit, et, comme à son habitude à taper sur ses semelles.

Au bout d'un moment, le mauvais homme, fier de son astuce, se dressa sous son linceul et prit une voix sépulcrale pour épouvanter sa victime :

« Quand on veille un mort, on ne travaille pas! »

A la vérité, le pauvre travailleur fut déconcerté un court instant, mais il reprit très ite ses esprits, et le bon sens étant la qualité première des gens simples, du marteau de cordonnier qu'il tenait en main, il asséna un grand coup sur le crane du mauvais plaisant, en disant :

«Quand on est mort, on ne parle pas! »

Sans aucun doute, le défunt était bien décédé cette fois.

Le lendemain, par curiosité, tous les gens du village vinrent assister à l'enterrement de cet homme qu'ils craignaient tant. Selon l'usage, le fossoyeur plaça le cercueil sur sa planche de noyer, inclinée pour pouvoir le faire glisser dans la fosse.

La longue boite de sapin disparut, accompagnée d'une odeur de soufre.

Des cris s'élevèrent dans l'assistance, les hommes jurèrent, les femmes se signèrent, et tous déguerpirent sans attendre, laissant le curé et le fossoyeur tout seuls devant le trou.

Il n'y avait aucun doute pour tous les villageois : le démon avait pris possession de l'âme du défunt.

Le curé se tourna vers son aide, le menaçant de son goupillon :

« Tu as encore fabriqué de tes foutues allumettes ce matin, ta planche est encore imprégnée de phosphore et de soufre! »

C'est ainsi que naissent quelque fois les légendes.........